Bonjour,
j'ai découvert le site ORROZ et le forum ce soir tout à fait par hasard.
J'ai hésité avant de m'y inscrire car mon expérience d'internet et des forums ne m'a pas toujours paru très enrichissante.
Mais bon, je me lance et j'espère pouvoir dialoguer de façon intéressante et constructive avec les personnes qui fréquentent ce forum.
Je vais tenter de me présenter, exercice toujours périlleux.
J'ai 35 ans, je vis seul et j'en souffre énormément. Je pourrais dire aussi que j'ai pris cette sale habitude de vivre seul.
Dés l'enfance (je ne saurais pas dire vers quel âge ça a commencé, 12-13 ans je pense), je me suis habitué à fantasmer sur des images de femmes. Au début ces images était plutôt érotiques puisqu'elle provenait des rubriques de sous-vêtements féminins (portés par de beaux modèles) de catalogues (style 3 Suisses, La Redoute…ça doit être les Playboy et Penthouse des pré-adolescents). Puis ce furent quelques BD adultes, des jeux de cartes, images au goût d'interdit, empruntées parfois à des "grands".
Qu'est-ce qui m'a fait penser dans ces années que l'amour c'était ça, c'était la nudité, le sexe ? Je n'en sais rien mais je crois que c'est ce que je pensais, avec la maladresse d'un enfant qui sort de l'enfance et découvre sa sexualité. Pourtant je sentais déjà que quelquechose ne m'allait pas là-dedans et j'ai commencé déjà à détruire ces "petits secrets".
J'ai ensuite traversé l'adolescence, cette période de doutes, de souffrances en étant plutôt timide, solitaire, incapable de faire le premier pas vers une fille qui m'attirait et bâtissant peu à peu ma sexualité autour de revues "de charme" (comme on le dit hypocritement) et de fantasmes. Les revues, je pouvais maintenant y avoir accès, me les payer, au grand bonheur des marchands de journaux. Là encore, j'eu des élans de "J'arrête", "C'est pas ça l'amour". Mais les difficultés que je pouvais rencontrer dans les vrais relations avaient tôt fait de me faire revenir vers cet oasis artificiel.
Plusieurs fois, surmontant mes peurs, je fis le pas et déclarais mes sentiments à des filles dont j'étais amoureux. Mais à chaque fois, je me heurtais soit à de la surprise (style "celui qu'on voyait comme un copain"), l'indifférence ou à du silence. Je n'insistais pas. Peut-être ai-je été maladroit, trop direct, trop rapide, pas assez persévérant ou tout simplement le sentiment n'était pas partagé, toujours est-il que je me construisis de moi-même une image d'exclu, de celui "qui n'a pas droit à l'amour". Des problèmes de poids (déjà amorcé dans la pré-adolescence) n'arrangeaient rien. Toujours avec ces moments de destruction de "matériel de dépendance".
J'ai eu ma première vrai liaison et ma première relation sexuelle avec une fille dont j'étais amoureux, assez tard dans ma vie (22 ans), un sorte d'oasis dans le désert dans lequel je vivais avant cette relation et dans lequel je suis retourné après. Pendant, j'étais sur un nuage, enfin je pouvais aimer et être aimé, lié sexualité et amour. Tout ce mensonge que j'avais vécu jusqu'ici, c'était fini. Cette relation, très intense (j'avais perdu 15 kilos par passion amoureuse), a été très courte (quelques mois), difficile au début (ma future copine sortait avec un des mes meilleurs amis) et s'est terminé sur une expérience traumatisante (un rapport sexuel pourtant protégé s'est mal passé et il y a eu risque de fécondation). Mais cet "accident" n'est pas la cause de notre séparation. Dés le début elle savait (et finalement moi aussi bien que je ne voulais pas me l'avouer) que notre relation n'était pas destinée à durer. Ca m'a rendu triste de m'en rendre compte quand elle a pleuré dans mes bras pour cela une des première fois où nous avons fait l'amour. Elle avait un problème, elle accumulait les relations mais son cœur était prisonnier d'une relation passée. Elle le savait et ça la faisait souffrir. Je n'étais malheureusement pas celui qui pouvait l'aider, ni qui saurait l'aimer finalement.
J'ai eu du mal à me reconstruire après. J'ai connu l'angoisse du lit et du cœur vide.
Ensuite, j'ai l'impression que j'ai continué à vivre avec un blindage, qui a rendu impossible toute nouvelle relation lorsque j'ai fait de nouvelles rencontres, même quand ça n'était pas moi qui faisait le premier pas, ce qui est arrivé plusieurs fois. A un moment donné d'une relation qui débutait, j'étais pétrifié et incapable d'agir ou parfois même je faisais en sorte de décourager la fille qui s'intéressait à moi.
Je suis retombé dans les revues "de charme", progressivement remplacées par des images et des vidéos sur le net, plus rarement par des vidéos VHS ou DVD. Ma vie sentimentale, déconnectée de ma vie sexuelle est faite de fantasmes et de blocages, je suis toujours "celui qui n'a pas droit à l'amour", qui ne se l'autorise pas en fait. Je n'en ai pas fini avec mes problèmes de poids. La bouffe, autre compensation. Le poids en trop, autre raison de ne pas croire en moi et de ne pas m'aimer.
J'ai réussi heureusement ou par chance à ne pas tomber dans d'autres dépendances comme l'alcool, le tabac ou la drogue, bien que je les ai frôlées (voire plus que frôlées).
C'est un sujet dont j'ai pu parler avec très peu de gens et personne n'a réellement pu m'aider. Sur la présentation du site et du forum, on parlait de cercle vicieux. Oui la métaphore s'applique bien...un cercle...et vicieux certainement. J'ai essayé d'en sortir plusieurs fois mais sans y parvenir car vivre sa sexualité de cette façon c'est aussi la facilité, l'immédiateté. Mais c'est aussi la souffrance. La souffrance de ne pas pouvoir aller vers une femme qui m'attire par son corps et par son esprit, la souffrance de ne pas pouvoir aimer, la souffrance d'être seul, de rentrer dans un appartement où il n'y a personne qui m'attend et où je n'ai personne à attendre. La souffrance de ne pas partager ma vie avec une femme que j'aimerais et qui m'aimerait. De penser que je n'aurais jamais après ce bonheur de vivre en couple, celui de vivre en famille.
Ce qui me pousse aussi à vouloir parler avec vous c'est qu'au fur et à mesure des années, j'éprouve graduellement de plus en plus de répulsion pour la pornographie et de plus d'attirance vers l'érotisme.
Et j'ai lu récemment (y compris sur ORROZ) des textes parlant de taoïsme et de la vision taoïste de la sexualité. J'en suis à des années lumières, mais que cet idéal me semble beau et bon ! L'orgasme de la vallée opposé à l'orgasme du sommet...
Je suis depuis quelques mois une psychothérapie avec une praticienne que je trouve vraiment exceptionnelle. Mais jusqu'à présent, je ne lui ai pas vraiment parlé de mes pratiques et dépendances sexuelles. J'ai sûrement du mal à le faire parce que c'est une femme. Je pense que j'y viendrais de toute façon forcement. Il faut dire aussi que ça n'est pas la raison qui m'a poussé à entrer en thérapie. Mais je pense pourtant que c'est une des causes centrales de mon mal-être.
Voilà, désolé d'avoir été long dans ma présentation, pas facile de résumer une partie de sa vie. Merci de m'avoir lu.
A bientôt.
P.S. : je veux aussi profiter de ce message de présentation pour réagir par rapport aux messages que j'ai lu d'hommes qui sont dans des situations de dépendances tout en vivant en couple avec une femme qu'ils aiment. Je me sens ému et touché par votre souffrance que j'imagine bien plus dure que la mienne, moi qui ai la "chance" de vivre seul. Vivre seul ne veut pas dire que je sois complètement naïf. Je sais quand même un peu que la vie de couple n'est pas toujours facile et surtout n'est pas acquise, qu'elle se construit et se reconstruit tous les jours. Enfin, voilà, je voulais juste dire à ces hommes que je leur souhaite vraiment d'y arriver et que l'amour qu'il porte à leur bien-aimé et qu'elle leur porte soit leur meilleur allié.
Cœur Voilé.